|
DECLARATION DE DJAKARTA
POUR LA REFORME DES AGENCES DE CREDIT AU EXPORTATIONS ET DASSURANCE-CREDIT
Juin 2000
Plus de 50 représentants dONG
indonésiennes et internationales et de mouvements citoyens
réunis à Djakarta et à Sumatra du 1er au 7
mai 2000 ont adopté la déclaration suivante, soutenue
par plus de 300 ONG de 44 pays.
Introduction
Les ONG à travers le monde souhaitent attirer lattention
des gouvernements et des institutions internationales sur les conséquences
négatives croissantes des agences de crédit aux exportations
sur lenvironnement, les conditions sociales et économiques
et les droits de l'Homme. Nous avons constaté la souffrance
humaine insoutenable et la destruction dont les agences de crédit
aux exportations sont à lorigine en Indonésie.
Ce pays nest quun exemple parmi dautres. Lencours
des agences de crédit aux exportations représente
24% de la dette extérieure de lIndonésie soit
plus de 28 milliards de dollars de transactions opaques pour des
projets sans viabilité économique, impliquant des
actes de corruption, des exportations darmes, la destruction
de lenvironnement et des violations des droits de lHomme. La
dette indonésienne détenue par les agences de crédit
aux exportations place un poids insupportable sur le peuple indonésien,
compromettant ses opportunités de développement. Les
agences de crédit aux exportations ont soutenu des exportations
darmes et dautres équipements utilisés
par le régime de Suharto dans sa politique de répression
et de torture. Elles ont financé lexploitation des
mines, du pétrole et des forêts. Dans son éditorial
du 22 septembre 1999, le Financial Times soulignait que les agences
de crédit aux exportations occidentales partagent une grande
part de responsabilité dans la violence au Timor oriental
et le désastre économique de lIndonésie. Les
agences publiques de crédit aux exportations et dassurance-crédit
sont désormais la plus grande source de financement public
dans le monde, elles soutenaient 8% des exportations mondiales en
1998, soit 391 milliards de dollars dinvestissements principalement
pour des grands contrats civils et militaires dans les pays en voie
de développement. Cest bien plus que la moyenne annuelle
daide publique au développement multilatérale
et bilatérales réunies qui avoisine 50 milliards de
dollars. Lencours des agences de crédit aux exportations
représente 24% de la dette des pays en développement
et 56% des créances publiques détenues sur ces pays.
En 1998, 163 ONG de 46 pays avaient envoyé aux ministres
des finances des principaux pays de lOCDE un «appel
pour la réforme des agences de crédit aux exportations
et dassurance-crédit ». Les ONG demandaient la
transparence sur les projets financés et la participation
du public dans lévaluation de leur impact social et
environnemental. Elles demandaient quun accord multilatéral
sur des standards sociaux et environnementaux soit adopté
au sein du groupe de travail sur les crédits export de lOCDE
et du G8. Depuis 2 ans, les pays les plus industrialisés
nont pris quun engagement minimum de négocier
des approches et lignes directrices communes sur lenvironnement.
Le manque de transparence et de consultation publique pertinente
dans le groupe de travail sur les crédit export de lOCDE,
en particulier son refus de consulter les représentants des
communautés affectées et des ONG des pays nappartenant
pas à lOCDE, a transformé ce processus en véritable
parodie. Les agences de crédit aux exportations nont
tiré aucun enseignement de leurs activités passées
et continuent à financer des projets destructeurs pour les
communautés et lenvironnement.La destruction sociale
et environnementale, les violations des Droits de lHomme,
lopacité des agences de crédit aux exportations
doivent cesser immédiatement. Le financement des exportations
darmes, des transferts de technologie obsolètes ou
illégales dans leur pays dorigine et les investissements
non productifs des agences de crédit aux exportations constituent
un scandale de dimension mondiale.
APPEL A REFORME
Au vu de lexpérience de lIndonésie
et de nombreux autres pays, les ONG réitèrent lappel
de 1998 pour la réforme des agences de crédit aux
exportations et dassurance-crédit. Nous demandons aux
gouvernements des pays de lOCDE, aux ministres, aux parlementaires
dentreprendre dans les meilleurs délais des réformes
et dadopter les mesures suivantes:
1. Transparence, accès à linformation et consultation
de la société civile et des populations affectées
Lévaluation des projets en instruction et à
venir, la préparation des nouvelles procédures et
standards pour chaque agence et la négociation des lignes
directrices communes au sein de lOCDE et dans les autres forums
doivent faire l'objet de consultations adéquates avec les
populations affectées et la société civile.
2. Respect des normes internationales en matière sociale
et environnementale
Les règles d'intervention des agences de crédit aux
exportations et d'assurance-crédit doivent être cohérentes
avec les engagements et traités internationaux, par exemple
les conventions de lOrganisation Internationale du Travail,
la Convention des Nations-Unies sur la biodiversité. Toutes
les émissions de gaz à effet de serre des projets
financés par les agences doivent être recensées,
les investissements dans les énergies renouvelables doivent
être augmentés. Certains gouvernements ont adopté
des règles environnementales qui sont loin des standards
internationaux.
3.Respect des droits de l'Homme
La société civile et les populations affectées
doivent être consultées sur la mise en uvre de
ces critères qui doivent reposer sur les conventions internationales
déjà en vigueur. En Indonésie et ailleurs,
les agences ont non seulement financé les exportations darmes
à des régimes coupables de violations des droits de
lHomme, mais ont aussi soutenu des investissements dans des
mines, des papeteries et des grands projets dinfrastructures
qui ont entraîné l'aliénation des droits des
populations locales sur leurs terres, les ressources naturelles
vitales et la suppression armée de lopposition, de
la liberté dexpression pour critiquer ces abus.
4. Lutte contre la corruption
Selon Transparency Internationale, linaction des agences de
crédit aux exportations et d'assurance-crédit pour
lutter contre la corruption les conduit à avoir des pratiques
«proches de la complicité délictueuse. »
Nous souscrivons aux recommandations de Transparency International
soumises à lOCDE et à la Commission européenne
en septembre 1999. En particulier, les entreprises sollicitant une
assurance-crédit devraient déclarer par écrit
que les contrats garantis nont pas donné lieu au paiement
de commissions occultes et que la violation de cette interdiction
entraînera la suspension de lentreprise à loctroi
dune assurance-crédit pendant 5 ans.
5. Arrêt des investissements non productifs
Les agences de crédit aux exportations doivent arrêter
de financer des investissements non productifs. Le soutien massif
des agences de crédit et dassurance-crédit pour
des contrats militaires ou des centrales nucléaires, qui
sont rejetés par les agences de développement bilatérales
et multilatérales comme la Banque mondiale doit sarrêter
immédiatement.
6. Lannulation des dettes des pays les plus pauvres
Nous soutenons la coalition des ONG indonésiennes pour le
jubilé 2000 qui demande lannulation des créances
injustes et impayables détenues par les agences de crédit
aux exportations et dassurance-crédit sur les pays
les plus pauvres.
Conclusion
Le Comité daide au développement de lOCDE
a déclaré en 1996: «nous devrions nous fixer
comme objectif que les politiques des pays industrialisés
soient cohérentes et ne compromettent pas les objectifs de
développement. » Les agences de crédit aux exportations
et dassurance-crédit de lOCDE et le groupe de
travail sur les crédits export ne respectent absolument pas
cette recommandation. Ils refusent dassumer leurs responsabilités
pour leurs erreurs passées, et den tirer des leçons
pertinentes. Leurs activités soutiennent une mondialisation
basée sur la corruption, lopacité et la destruction
des valeurs sociales et de lenvironnement. Cette forme de
mondialisation soulève linquiétude de la société
civile et des militants à travers le monde telle quexprimée
à propos de lOMC, de lAMI, du FMI et de la Banque
mondiale.Nous demandons aux mouvements citoyens et aux parlementaires
de prêter une attention particulière aux activités
des agences de crédit aux exportations et à leur instance
de négociation, lOCDE et dexiger de leurs gouvernements
des réformes immédiates.
|